Fédération Européenne des Cités Napoléonienne

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Oleg Sokolov, le fléau de la violence

Je viens d'apprendre un fait divers terrifiant : l'assassinat, le démembrement et l'abandon dans une rivière des restes de sa compagne par Oleg Sokolov, le plus connu des reconstituants des batailles napoléoniennes en Europe et enseignant dans diverses universités en Russie et en France. Mes pensées se sont immédiatement tournées vers cette jeune femme suppliciée que j'ai vu plusieurs fois à ses côtés. Il la présentait comme sa Joséphine, en robe d'empire bleu ciel à dentelle. Je n'ai jamais parlé du malaise que j'avais ressenti en voyant cette frêle jeune femme à côté de ce personnage haut en gueule et en couleur, au torse recouvert de médailles, à la puissante stature, beaucoup plus âgé qu'elle. Il se précipitait d'aussi loin qu'il me voyait pour me saluer d'une voix tonitruante. Nos échanges n'allaient pas au-delà d'une réponse polie de ma part. Sans doute ressentions-nous que nous étions bien éloignés l'un de l'autre. Je l'ai rencontré une dizaine de fois au cours des vingt dernières années, lors de célébrations des bicentenaires de telle ou telle bataille napoléonienne, en France, en Russie, en Pologne, en Belgique, en Italie. Pour la dernière fois c'était en Pologne en été 2018. Il avait guerroyé toute l'après-midi à cheval, allant d'un groupe de reconstitution à l'autre, encourageant à marcher plus vite, à se montrer plus disciplinés, criant des ordres dans le bruit de la mitraille. Il avait épuisé plusieurs chevaux comme sur un vrai champ de bataille.

Les mouvements des uniformes et des chevaux, le bruit de la canonnade et les salves de fusils me rappellent trop les souffrances endurées. Je n'y vois pas matière à jouer. Et puis, la violence appelle la violence. Oleg Sokolov était proche du pouvoir russe, il était membre d'une commission historique autour du ministre de la culture. J'ignorais qu'en France il enseignait à l'université lyonnaise de Marion Maréchal-Le Pen. Sa personne, comme ses sympathies idéologiques le classent parmi ceux pour qui la force est le moteur de la vie. Il s'identifiait tantôt à Napoléon, tantôt à Ney ou à Murat. Ses jeux l'ont rattrapé. S'il avait reconstitué la vie du Mahatma Gandhi ou de Nelson Mandela, il aurait développé des qualités d'écoute, de patience et de paix. Sa jeune compagne serait encore en vie. Napoléon fut l'un des plus grands capitaines de tous les temps, mais la guerre, qu'il a beaucoup pratiquée et la mort qu'il a beaucoup donnée et côtoyée étaient des moyens pour préparer des lendemains meilleurs. Aucun témoignage ne rapporte un homme brutal et sanguinaire dans sa vie privée. Oleg Sokolov l'était. C'est une immense différence. J'ai une profonde aversion pour toute forme de violence. A fortiori lorsqu'elle s'exerce contre les plus faibles. J'affirme que si la fédération européenne des cités napoléoniennes que je préside porte de l'intérêt à cette page d'histoire, c'est parce que nous croyons aux vertus du savoir et de la culture comme antidotes à la violence. Nullement pour la glorifier ou lui fournir le moindre alibi. Il y est assez matière à s'intéresser à Napoléon, administrateur, organisateur de la France moderne, ayant façonné une grande page de l'histoire de l'Europe, capitaine à l'intelligence politique et à la force de caractère hors normes. Il n'est pas question d'interdire aux villes membre de la fédération d'organiser des reconstitutions dans leurs murs. Je souhaite néanmoins qu'il en soit fait bon usage. Deux règles me semblent devoir s'imposer : mettre l'accent sur des évènements qui se sont passés chez elles plutôt que sur des évènements qui sont étrangers à leur histoire notamment pour les villes qui ne sont pas des lieux de batailles et pour celles qui le sont, accompagner ces mises en scène d'une explication sur le contexte de la violence à l'époque napoléonienne et d'une lecture soigneuse des éléments géopolitiques et historiques de ce qu'était, à ce moment donné, les relations entre les États. Non à la mort, non à la culture de la violence, place à la vie et à la culture de la paix.


Charles Bonaparte

Oleg Sokolov, the scourge of violence

I have just learned a terrifying fact: the assassination, the dismemberment and the abandonment in a river of the remains of his companion by Oleg Sokolov, the best known of the reenactors of the Napoleonic battles in Europe and teaching in various universities in Russia and in France. My thoughts immediately turned to this tortured young woman whom I saw several times at his side. He presented her as his Josephine, in a sky blue empire dress with lace. I have never spoken of the discomfort I had felt seeing this frail young woman next to this colorful and boisterous character, with the chest covered with medals, the powerful stature, much older than her. He rushed as soon as he could see me to greet me in a thunderous voice. Our exchanges did not go beyond a polite response from my site. No doubt we felt that we were far from each other. I met him a dozen times during the last twenty years, during celebrations of the bicentenary of this or that Napoleonic battle, in France, in Russia, in Poland, in Belgium, in Italy. For the last time it was in Poland in the summer of 2018. He had been fighting all afternoon on horseback, going from one reenactment group to another, encouraging them to walk faster, to be more disciplined, shouting orders in the noise of grape shot. He had exhausted several horses as on a real battlefield. The movements of the uniforms and the horses, the sound of the cannonade and the bursts of rifles remind me too much of the suffering endured. I do not see anything to play in it. And then, violence calls for violence. Oleg Sokolov was close to Russian power; he was a member of a historic commission around the Minister of Culture. I did not know that in France he taught at the Lyons University of Marion Maréchal-Le Pen. His person, as well as his ideological sympathies rank him among those for whom force is the engine of life. He identified himself sometimes with Napoleon, sometimes with Ney or Murat. His games caught up with him. Had he reconstituted the life of Mahatma Gandhi or Nelson Mandela, he would have developed qualities of listening, patience and peace. His young companion would still be alive. Napoleon was one of the greatest captains of all time, but the war, which he practiced a lot and the death that he gave a lot and encountered were ways to prepare a better tomorrow. No testimony reports a brutal and bloodthirsty man in his private life. Oleg Sokolov was. It's a huge difference. I have a deep dislike for any form of violence. A fortiori when it is exercised against the weakest. I affirm that if the European Federation of Napoleonic Cities that I preside bears interest in this page of history, it is because we believe in the virtues of knowledge and culture as antidotes to violence. Not to glorify it or to give it any alibi. There is enough material to be interested in Napoleon, administrator, organizer of modern France, having shaped a great page in the history of Europe, a captain of political intelligence and extraordinary strength of character. There is no question of denying the member cities of the federation to organize re-enactments within their walls. Nevertheless, I hope that it will be put to good use. Two rules seem to me indispensable: to focus on events that have happened in their cities rather than events that are foreign to their history especially for cities that are not places of battle and for those who are to accompany these staging by an explanation on the context of violence in the Napoleonic era and a careful reading of the geopolitical and historical elements of what was, at that moment, the relations between states. No to death, no to culture of violence, room for life and culture of peace.

Charles Bonaparte